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Sodomies : les voies du Seignueur sont pénétrables

 



Le cul est la chose du monde la plus partagée. S’il est bien un point commun entre ces êtres aussi différents que sont les femmes et les hommes, c’est bien de leur trou du cul qu’il s’agit. Le derrière est un lieu magique, culturellement et historiquement interdit et extrêmement jouissif. L’anus n’est heureusement pas que ce lieu « vulgaire et dégôutant » de la défécation et de la honte sociale, non-non. Il ne sert pas qu’à l’exonération des fécès et des pets odoriférants. Cet anus qui s’ouvre et se ferme à la demande, telle une porte gigantesque vers le paradis du dedans, n’est pas qu’un vide-ordure perfectionné. Il est l’orifice secret, divin et solaire : caché entre les hémisphères plus ou moins volumineux des fesses. Il est un lieu imaginaire, au même titre que ces non moins célèbres voisins la pine et la cramouille, un univers auréolé de sexe et de désir. Lieu de rêve et de fantasme. Ces fesses qu’hommes et femmes mâtent dans la rue, souhaitant parfois pouvoir y mettre une main bien placée. Les fesses, objet de désir et de fixation fétichiste s’il en est.

Le cul, obsession permanente pour certains, est objet de toutes les convoitises. Éloignons nous de l’anus anatomique. Franchissons une nouvelle dimension, celle où les plaisirs ne sont plus interdits mais encouragés, celle de l’anus symbolique, mystique et spirituel. L’anus qui attire parce qu’il est justement interdit, plat de choix de l’érotisme gourmé puisqu’il transgresse le tabou culturel, l’interdit et l’injonction judéo-chrétienne du coït reproducteur. Mais chassons ici les sorcières à cornette et libérons nous du joug de l’oppresseur rectalophobe. Heureusement, aujourd’hui, tout le monde sait, comme nous le disait déjà Nietzsche au XIXe siècle, « Dieu est mort » et les fous de dieu ne sont généralement que des refoulés de l’anus. Dieu est mort et avec lui, des siècles d’asservissements moraux et judéo-chrétiens. Dieu est mort, vive le cloaque !

La sodo est un acte queer par excellence parce que anti-reproducteur, amorale est accessible à tous les genres. Pas besoin d’être une femme pour s’en prendre plein la salle des fêtes, au placard l’antédiluvien vagin, place au trou du cul pansexuel : organe universel des jouissances flamboyantes. Et les gays ne sont pas en reste qui ont écrit en premiers les annales de la sodomie.

La sodomie est un acte politique. La pénétration anale est une pratique vieille comme mes robes qui renvoie à diverses considérations d’ordre psychologique, physiologique, culturel, social et patati et patata. Oui, travailleurs et travailleuses de l’anus et du rectum, enculéEs du capitale, la sodomie est un acte politique et subversif. Contre le Médef, enculez vous ! Contre les plans sociaux, sodomisez-vous. Le mondialisme ne passera pas par notre anus et le rectum, enfin libéré, sera notre Larzac 2003. Camarades du sexe, luttons contre l’oppresseur et réagissons contre la monté de l’ordre moral et redonnons toutes ces lettres de noblesses à cette pratique affriolante.

Les différents aspects de la question des rapports anaux sont abyssaux : les interrogations du cul sont sans fond et c’est une Pléiade qu’il aurait fallu se résoudre à composer pour effleurer du bout de la langue, les délices des vices sans fin. Faisons acte de contritions et offrons ce guide en offrande à Saint Priape, que nos fesses, à jamais, sur l’autel, soient toujours pleines de sa bonté.

L’anus subversif. Pour Beatriz Preciado , « L’anus présente trois caractéristiques fondamentales qui en font le centre transitoire d’un travail de déconstruction contra-sexuelle. Un : l’anus est un centre érogène universel situé au-delà des limites anatomiques imposées par la différence sexuelle et où les rôles et les registres apparaissent comme universellement réversibles (qui n’a pas d’anus ?). Deux : l’anus est la zone de passivité primordiale, un centre de production d’excitation et de plaisir qui ne figure pas sur la liste des points orgastiques prescrits. Trois : l’anus constitue un espace de travail technologique ; c’est une usine de refabrication du corps en tant que contra-sexuel. Le travail de l’anus ne vise pas la reproduction et ne se fonde pas sur l ‘établissement d’un lien romantique. Il génère des bénéfices qui ne peuvent être mesurés à l’intérieur d’une économie hétérocentrée. »

La sodomie passive masculine, dans nos sociétés phallocentrées, est bien plus problématique que la sodomie féminine, oui-oui. On comprend bien pourquoi. Sans jouer le macho ou la folle misogyne, une femme, qu’on le veuille ou non, culturellement, s’est constitué pour se faire mettre. Génitalement et physiologiquement, cela n ‘a que du dedans, pas de protubérances inquisitrices . Bien sûr, une femme, ça se pénètre naturellement par-devant, l’archéo-vagin reproducteur et patati et patata certes, mais pénétré soit. Mais laissons la nature à ces cybercochonnes pâturantes. Alors que cela se passe par-derrière chez la femme n’est pas révolutionnaire .

Chez le mâle, la sodo pose d’autres problèmes . Normalement, un homme, ça baise, ça nique à tout va et ça se jette sur tout ce qui porte une petite culotte et surtout, ça ne réfléchit pas trop à ces actes (« Je bande donc je suis »). Mais un homme, ça ce fait pas déconner le cul, non-non. Même dans la bible, pourtant ouvrage épais s’il en est, ça ne se voit pas. Et c’est interdit même !

La sodomie, ça ne sert strictement à rien et c’est bien pourquoi c’est formidable et subversif. Cela va à l’encontre de la logique reproductiviste de notre espèce ou les pénis hétéros, engraissés comme des cochons de batteries, passent leur vie à pénétrer des bon gros vagins dociles pour reproduire bêtement l’espèce. Heureusement, l’hétérosexualité n’est plus aujourd’hui cet esclavagisme qui réduisait ses membres à de simples cochons reproducteurs. Aujourd’hui, depuis que « Dieu est mort », on fait l’amour simplement pour le plaisir et l’on s’encule itou. Au placard les théoriciens de la « naturalité » et autres pourfendeurs d’un quelconque « ordre symbolique » ou psychanalytique qui règleraient les fondements de notre identité à la seule reproduction de l’espèce. Oust !

L’anus contraceptif. Bien sûr, si l’on doit trouver une quelconque utilité à la sodomie et à l’érogénéité de l’anus, c’est bien aussi qu’il est un des orifices à visée contraceptive immédiate (enfin, pas pour les pédés…). Quoi que cette technique comporte des risques (les spermatozoïdes pouvant passer de l’anus au vagin). Surtout à une époque pas si lointaine ou les capotes et les moyens de contraception n’existaient pas. Au temps de la syphilis, (hantise des bons vivants avant l’invention de la pénicilline) on croyait même que la pénétration anale comportait moins de risques. À l’heure du sida, il en est bien sur tout autrement, et le coït anal est la pratique la plus à risque pour chacun des partenaires (même si le risque pris par la personne active est théoriquement moindre que le partenaire passif).

Un orgasme spécifique. Toutes les femmes qui y ont goûté vous le diront, la sodo, ça n’a rien à voir avec une pénétration vaginale et la plupart des mecs, hétéros ou homo qui y ont touché en restent encore sur le cul. Peut-on parler d’un orgasme spécifique ? En quoi serait-il différent d’un sexe à l’autre ? Pour les hommes, la prostate, équivalent du point G féminin, véritable clitoris masculin, fait de cet acte un plaisir intense. Pour les femmes, la proximité de la paroi vaginale provoque bien des sensations. Sans compter qu’avec une bite dans le cul, il est beaucoup plus facile de s’astiquer le clitoris qu’avec une bite dans la chatte qui vous en coince l’accès.

Mais pourquoi foutre dieu la sodo est-elle aussi peu répandue et provoque autant de réticences ? Est-elle nécessairement liée à une pèderie assumée ou fantasmée ? À-t-elle d’autres but que le plaisir ? N’est-elle pas qu’une dépravation envoyée par Satan pour perdre l’humanité ? Voilà bien des questions auxquelles il nous faudra répondre, toutes et tous.

Un plaisir gratuit. Pourquoi une fabuleuse jouissance comme la sodomie a-t-elle été mise à l'index ? Mais comme le dit le livre « Se faire mettre ou pas, telle est la question », « ne cherchons pas trop de raisons raisonnables qui conféreraient à la sodomie une vertu utilitaire dont il faut bien avouer qu’elle serait aujourd’hui obsolète sinon spécieuse. Avouons le sans détour, il y a sans doute quelque force occulte qui pousse un être humain à s’offrir de la sorte à son semblable dans un acte dépourvu de finalité ». Et si la finalité n’étais pas simplement ce plaisir terrible et terrassant, cet orgasme du dedans, cette jouissance des profondeurs. C’est à cette recherche que ce livre est offert.

Erik Rémès

 

www.erikremes.net